CrowdStrike et CoreWeave : une IA qui attaque et défend
Vingt-sept secondes. C'est le temps de propagation ("breakout time") le plus court observé par CrowdStrike en 2025 dans une attaque cybercriminelle, c'est-à-dire le temps qu'il a fallu à un attaquant pour aller au-delà de son premier point d'ancrage dans un réseau. Bartley Richardson, responsable de l'IA chez CrowdStrike Holdings Inc., s'appuie sur ce chiffre pour affirmer que les analystes humains ne peuvent plus suivre le rythme sans aide. L'aide à laquelle il pense, ce sont des modèles d'IA entraînés sur une puissance de calcul conséquente, dont une partie est fournie par CoreWeave Inc.
Richardson et Jim Higgins, responsable de la sécurité des systèmes d'information de CoreWeave, ont présenté ce partenariat lors d'un entretien avec Dave Vellante et John Furrier de theCUBE Research, à l'occasion de l'événement Fully Connected. TheCUBE est le studio de diffusion en direct de SiliconANGLE Media. La discussion a porté sur trois thèmes : la défense à la vitesse de la machine, la sécurité intégrée à l'infrastructure et la confiance dans les systèmes automatisés.
Pourquoi la puissance de calcul compte pour la défense
L'argument de Richardson est simple. Si les attaquants se propagent en quelques secondes, la riposte doit être automatisée, et une défense automatisée a besoin de capacités à la fois pour entraîner les modèles et pour les faire tourner.
"Les humains ne peuvent pas combattre ça seuls", a-t-il déclaré. "Il faut une défense à la vitesse de la machine, et cela repose sur une infrastructure critique."
C'est là qu'intervient CoreWeave. Selon CrowdStrike, le fournisseur de cloud apporte les capacités d'entraînement et d'inférence de SafeMind. CoreWeave est aussi partenaire de conception du Cyber Superintelligence Lab de CrowdStrike. CrowdStrike fournit les données de sécurité et sa connaissance des adversaires. CoreWeave fournit l'infrastructure.
Des modèles offensifs comme source d'entraînement
Le plus intéressant, c'est la manière dont les modèles apprennent. Richardson parle de "coévolution adversariale". Concrètement, CrowdStrike conçoit des modèles offensifs dont la mission est de contourner les dispositifs de défense. Les modèles défensifs sont ensuite entraînés sur les résultats.
"Nous entraînons et orientons les meilleures capacités offensives pour attaquer, pour trouver des moyens de contourner les dispositifs de défense", a expliqué Richardson. "Mais ensuite, nous entraînons ces modèles défensifs sur une infrastructure à grande échelle pour qu'ils apprennent de ces attaques."
Autrement dit, chaque attaque réussie devient une donnée d'entraînement. Cette approche s'inscrit dans la lignée d'autres travaux récents sur l'IA de cyberdéfense, où les éditeurs tentent de garder une longueur d'avance sur des modèles de plus en plus performants en attaque.
Sécuriser sans arrêter la machine
CoreWeave a son propre problème à résoudre. Ses systèmes de production ne peuvent pas être mis hors ligne pour des opérations de sécurité, la protection doit donc se faire pendant que tout continue de tourner. Higgins a un nom pour ça.
"C'est ce que j'appelle l'aïkido du problème de sécurité", a-t-il déclaré. Tout ce qui améliore la sécurité "pendant que la machine tourne et utilise sa propre énergie pour servir les besoins de sécurité, c'est exactement ce que je fais".
Pour CoreWeave, cela passe par l'utilisation de l'IA pour analyser le code. Cela passe aussi par l'intégration de l'automatisation dans la chaîne d'intégration et de livraison continues (CI/CD), le processus qui teste et déploie les modifications logicielles, afin que les erreurs de configuration y soient corrigées avant d'atteindre la production.
Les fondamentaux restent gagnants
Higgins s'est gardé de survendre l'IA. Les attaquants, a-t-il rappelé, disposent de budgets et de temps limités. Ils cherchent le moyen le moins coûteux d'entrer, et plusieurs petites failles banales combinées peuvent leur offrir exactement cela.
"Quand on dit qu'une chose est sécurisée, il faut la tester, et la tester souvent pour en être sûr, mais aussi appliquer les fondamentaux", a-t-il déclaré. "Appliquez vos correctifs, et testez et surveillez en continu ces problèmes."
La confiance comme ligne d'arrivée
CrowdStrike investit dans l'automatisation pour des opérations de sécurité permanentes. Selon Richardson, ces outils doivent gagner la confiance de CoreWeave et de ses clients. Il a proposé une définition de l'IA qui donne le cadre de toute la démarche.
"Les gens demandent : 'Quand est-ce qu'on arrive au bout de l'IA ?' Et je réponds : 'Jamais'", a-t-il déclaré. "C'est de l'IA tant qu'on ne lui fait pas confiance. Ensuite, on commence à la considérer comme de l'automatisation."
Pour CrowdStrike, la priorité, alors qu'il développe une IA qui ne s'arrête jamais, est de savoir "comment la confiance est intégrée au système".
Précision issue de la couverture d'origine : theCUBE est un partenaire média rémunéré de Fully Connected, et CoreWeave a sponsorisé la couverture de theCUBE. SiliconANGLE indique que les sponsors n'exercent aucun contrôle éditorial.
Notre analyse
Le partenariat en lui-même suit un schéma connu : un éditeur de sécurité apporte les données, un cloud GPU apporte les capacités. Ce qui se démarque, c'est la méthode d'entraînement. Opposer des modèles offensifs à des modèles défensifs est une réponse sensée à une tendance bien réelle. Les modèles ouverts se rapprochent des systèmes de pointe en matière de création d'exploits, et les défenseurs ont besoin de modèles qui ont réellement vu ces attaques. Reste à savoir si cette approche tient la route en dehors du laboratoire.
Deux réserves méritent d'être gardées à l'esprit. D'abord, l'entretien ne fournit aucun chiffre sur les performances de SafeMind ou des modèles défensifs. Les 27 secondes expliquent l'urgence, pas les résultats. Ensuite, ces propos proviennent d'une émission sponsorisée, ce qui les rapproche davantage d'un argumentaire commercial que d'une évaluation indépendante.
Les remarques de Higgins sont peut-être ce qu'il y a de plus utile pour la plupart des lecteurs. Son constat selon lequel les attaquants enchaînent des failles banales correspond à un schéma observé lors d'incidents récents, notamment des agents d'IA qui ont divulgué des captures d'écran d'entreprises à cause de simples erreurs de configuration. Les modèles sophistiqués ne remplacent pas les correctifs.
À surveiller : CrowdStrike publiera-t-il des résultats mesurables de son Cyber Superintelligence Lab, et comment expliquera-t-il les garde-fous encadrant ses propres modèles offensifs ? La formule de Richardson, "de l'IA tant qu'on ne lui fait pas confiance", fixe aussi un critère. La confiance dépendra sans doute de la transparence sur les échecs, et pas seulement sur les réussites.
